Cyril ETESSE

Cyril ETESSE

COMEDIEN HUMORISTE



Festival d'Avignon, ou comment faire le tapin quand on est comédien

19 juillet 2013
Spectacle et affiliés - 1 commentaire

Ça fait des années et des années qu'on m'explique qu'il faut absolument faire le festival d'Avignon quand on est artiste. Que c'est un passage obligatoire, parce qu'il y a du monde, parce qu'il y a les pros, et que c'est un rendez-vous fabuleux pour y croiser le public et aussi les copains comédiens qu'on ne voit plus qu'en plateaux ou en festival...
Moi, ça fait également des années que je rechigne à faire ce festival. Non pas que je ne veuille pas voir le public ! Non pas que je ne veuille pas voir de pros ! C'est surtout qu'Avignon, c'est un peu comme Paris : ça coûte (très) cher.
Le festival d'Avignon est né en 1947 sous l'impulsion de Jean Vilar. C'est devenu une institution du spectacle vivant, une sorte de passage obligatoire pour montrer à un public très nombreux son travail pendant un peu moins d'un mois. Aujourd'hui, le festival d'Avignon, c'est un peu plus de 1200 spectacles qui se jouent tous les jours, aussi bien les pièces de Molière, que les comédies qui pullulent dans les café-théâtres de France ou que les derniers stand-up à la mode... Il y en a vraiment pour tous les goûts.
Pour le comédien lambda, Avignon ça se résume en fait à faire le tapin... C'est à dire flyer toute la journée le promeneur, la famille ou le couple qui passe en lui donnant un petit tract publicitaire de son spectacle, le persuader que son show est exceptionnel et qu'il faut donc venir le voir absolument. Tout ceci en plein cagnard (le festival se passe en plein mois de juillet) toute la journée pour finalement jouer à l'horaire du spectacle... Et des horaires, il y en a plein puisque le festival se déroule en continu, de très tôt le matin à 23 heures. A chaque heure, un nouveau spectacle. Quand on est artiste, on se dépêche donc d'arriver dans le théâtre pour se préparer, pour jouer et pour dégager pour laisser la place l'heure d'après au copain qui attend son tour. En fait, ce n'est plus vraiment du théâtre, c'est l'usine. Il n'y a au final pas grand chose (ou plus grand chose) de très artistique à mes yeux là-dedans, d'autant que Avignon est devenu un buisness considérable puisque chaque créneau horaire de chaque théâtre est payant (et souvent des sommes abusives) pour jouer dans un endroit qui n'est pas toujours un théâtre puisque certains lieux ont bien compris quel profit ils pourraient tirer de leur commerce, leur garage ou autre cave, en lui ajoutant 3 spots et une estrade pour en faire un Olympia de fortune (qui fera la leur pendant le mois de juillet...)

La qualité est quelque chose d'assez subjectif. Tout le monde peut faire Avignon pour peu qu'il en ait les moyens (ou choisisse d'investir). Et tout le monde le fait en fait : de la petite compagnie inconnue qui va s'endetter pour jouer tout le mois au risque de ne pas rentrer du tout sans ses frais, à la star du moment de la TV que vous pourrez croiser dans les rues.
Avignon, c'est le même souci que Paris, ça coûte une fortune. Mais vraiment. Il faut payer la salle bien sûr, mais il faut aussi se loger, manger, payer un peu son équipe ou ses amis qui filent un coup de main, payer les frais de publicité quelqu'ils soient et prévoir de boire des coups parce que flyer, c'est chiant, c'est fatiguant et en plein été, ça donne soif. Au final, c'est un festival qui peut facilement avoisiner un budget de pas loin de 10000 euros. Alors bien entendu, ça peut rapporter gros : une salle pleine, des contrats qui se signent et une programmation pour l'année qui se constitue plus vite et plus facilement. Dans ces cas-là, c'est (presque) tout benef' de faire ce festival. Mais franchement, par ces temps de crise, avec des festivaliers moins nombreux et plus regardants, pas simple du tout, surtout si on ne passe pas à la télé puisque, et c'est un constat où je suis bien placé pour le savoir, c'est surtout les artistes de TV (ONDAR et autres) qui attirent du monde. Je vois pas mal de mes amis aux excellents spectacles, mais n'ayant pas bénéficié de promo télé, qui rament beaucoup plus.
Et puis alors, je ne sais pas ce que c'est que cette nouvelle mode, mais il faudrait dire aux gens qui écrivent des comédies, qu'il y a d'autres thèmes que le mariage ou le couple... Putain, je veux bien que ça marche pendant l'année, mais sur le festival, on ne voit QUE de ça : des pièces sur l'adultère, le cul et le mariage... A se demander comment le public s'y retrouve, pour peu qu'il ait envie de s'y retrouver...

Un dernier coup de gueule : Je lis des articles qui fustigent les artistes de TV à Avignon. Juste en passant, pour pas mal d'entre nous, on a juste galéré pendant des années avant d'être un peu médiatisés (par l'émission de Laurent Ruquier pour l'essentiel). Avoir du monde, gagner un peu d'argent, c'est pas trop demandé non plus, quand on a bouffé pas mal de merde et que personne, ou si peu, ne venait nous voir. En outre, les artistes comiques (qu'ils soient à la TV ou non) sont de VRAIS comédiens, écrivent de VRAIS spectacles et ont de VRAIS metteurs en scène. Alors d'accord, ça ne se voit pas toujours, mais il faudrait arrêter de cracher globalement sur des gens qui ont tous un parcours différent et qui, s'ils touchent une petite gloire éphémère aujourd'hui, en ont peut-être chié pendant 10 ans. Et il est bon de rappeler que les artistes de la TV ramènent du monde au festival... Monde qui est susceptible, pour beaucoup, d'aller découvrir des spectacles qu'ils n'iraient peut-être pas voir d'ordinaire.

Pour terminer, je ne souhaitais pas faire Avignon au vu de tout ce cirque... Mais c'est vrai aussi qu'on me demandait beaucoup mon spectacle et que j'avais envie de toucher des pros qui se déplacent difficilement et un nouveau public... Compromis fait grâce à Anthony Joubert : Je suis donc au festival, mais seulement le lundi, à 21h00 au théâtre Antidote. Vous trouverez toutes les infos relatives sur mon site à la rubrique Agenda. C'est une façon de tester, de voir si le jeu en vaut la chandelle pour le faire plus sérieusement l'an prochain, parce que oui, il est possible que je passe du côté obscur complètement l'an prochain... J'ai bien compris qu'il fallait une com' efficace et être vraiment visible. Je souhaite sincèrement que ceux qui n'ont ni l'un (la grosse com') ni l'autre (la visibilité) tirent leur épingle du jeu. C'est un beau festival de rencontres et d'expérience, mais assez inhumain sur bien des points...

Commentaires

Antinéa
19 juillet 2013  12:58

Parfaitement d'accord avec le côté usine à  pigeons du festival, tant pour les artistes qui n'ont pas forcément pignon sur rue, que pour les spectateurs (mieux vaut venir avec ses provisions si on ne veut pas hypothéquer sa maison pour un verre de coca, sans parler d'une salade!). J'y ai vu de formidables spectacles (dont le votre) et force est de constater que si les artistes ne sont pas connus ou n'ont pas 5 affiches au m2 dans toute la ville, les salles sont plutôt désertes alors que la qualité est au rendez-vous... C'est triste les effets de la culture de masse.



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